Jean Rivière privilégie la technique de l’aquarelle, pas étonnant avec un patronyme comme le sien… L’eau est la substance qui lui apparaît comme étant la plus « robuste » de toutes. Sans doute entend-il par là que malgré l’apparente inconsistance de l’eau, celle-ci contribue d’une façon ou d’une autre à tout ce qui fait vie en ce monde. L’eau c’est l’origine et la condition de toute gestation. L’eau c’est la douceur que nous avons connue avant la sécheresse du monde au sortir du ventre béni de maman. Qu’est-ce qu’on était bien dans la sécurité océanique, sans prédateurs pour nous menacer! Nous vivions dans le flou, une merveilleuse inconscience.  L’œuvre de Jean Rivière sent cette nostalgie de paix primordiale. Connaissant l’homme, il y aspire, je le sais.  

 

L’eau efface les rigueurs du réel. Aussi, l’aquarelle sied particulièrement bien à l’ami Jean. Par elle, les choses sont immergées, les sujets par la technique même de l’humide deviennent fantasmagoriques. La netteté des lignes agresse, il faut rendre la vie supportable; la nier en quelque sorte. La voiture ne peut plus être une voiture; l’arbre ou la vache ne doivent plus être ni arbre ni vache, mais des images évanescentes. Le peintre les neutralise, les rend sans fonction, ni utiles, ni inutiles. 

 

À y regarder de plus près, on s’aperçoit que les êtres et les choses ne sont là que pour servir de faire-valoir à la lumière. Jean sait que la lumière peut se faire cruelle. Pure, il n’en veut pas. Alors il essaye de l’apprivoiser en confrontant valeurs et couleurs, une sélection de couleurs tirées des terres de l’univers.

 

Quand le calme est enfin obtenu, que la lumière s’est apaisée, le monde que veut le peintre peut apparaître. Il ne lui manque plus qu’un souffle, un trait et le tableau naît enfin, prêt à vivre: quintessence surgie des quatre éléments, faite de quiétude, d’absence d’agressivité, parce que Jean a vaincu sa peur.

Pour combien de temps ?

 

Lorenzo Cecchi, écrivain